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 Vers un nouvel ordre mondial

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Khast
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Date d'inscription : 04/12/2009

MessageSujet: Vers un nouvel ordre mondial   Sam 5 Déc - 14:48

A la recherche d’un nouvel ordre mondial


I – La fin de la confrontation Est-Ouest (1987 – 1991)

1) Les réformes de Gorbatchev…

• Mikhaïl Gorbatchev devient secrétaire général du parti communiste en mars 1985, dans une URSS en crise. L’économie soviétique est affaiblie par les carences de la planification et par la compétition militaire avec les Etats-Unis. La presse officielle dénonce la corruption, la délinquance et l’alcoolisme. L’accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl (avril 1986) symbolise aux yeux du monde entier l’état catastrophique du pays.
• Le projet de Gorbatchev est de « sauver » l’URSS en la réformant profondément. Gorbatchev prétend revenir aux sources du léninisme : jusqu’à la fin, il s’est dit socialiste et a cherché à préserver le parti communiste. Mais en fait, il abandonne peu à peu tous les principes du régime soviétique. La perestroïka introduit l’économie de marché, et la glasnost le multipartisme et la liberté d’expression.

2) … entraînent la fin de la guerre froide…

• Pour réussi, Gorbatchev doit mettre un terme à la confrontation ruineuse avec les Etats-Unis. La « nouvelle pensée » qui règne à Moscou permet la reprise du dialogue avec Washington. Les résultats sont spectaculaires. Le processus de désarmement nucléaire est amorcé en 1987 par le traité de Washington sur les euromissiles. Le pacte de Varsovie reconnaît en 1989 « le droit de chaque nation de décider librement de sa politique » : l’URSS enterre ainsi la doctrine de la souveraineté limitée et libère ses anciens stellites européens. La « Maison commune européenne » souhaitée par Gorbatchev devient une réalité, avec la chute du rideau de fer et la réunification allemande. Le pacte de Varsovie et le CAEM décrètent leur dissolution en 1991.
• Cette dynamique de dialogue permet le renouveau de l’ONU, puisque les deux Grands cessent d’en bloquer le fonctionnement. De nombreux conflits régionaux sont réglés en 1988, avec les accords de paix au Nicaragua, le retrait des troupes soviétiques d’Afghanistan et même la fin de la guerre entre l’Irak et l’Iran. De 1988 à 1993, l’ONU a lancé plus d’opérations que pendant les quarante années précédentes. La guerre froide est bel et bien terminée. Le nouveau président des Etats-Unis, George Bush (élu en novembre 1988), annonce en 1990 l’avènement d’un « nouvel ordre mondial ».

3) … et la disparition de l’URSS

• Mais l’URSS ne survit pas à la guerre froide. Populaire en Occident, Gorbatchev l’est beaucoup moins dans son propre pays, malgré ses nouvelles fonctions de président de l’URSS (mars 1990) et le prix Nobel de la paix en 1990. Sa politique multiplie les mécontents qui s’expriment grâce à la glasnost : les « radicaux » réclament l’accélération des réformes, tandis que les « conservateurs » mobilisent les nostalgiques du système brejnévien.
• Mais surtout, Gorbatchev a sous-estimé le problème des nationalités, qui paralyse les réformes. Les pays Baltes proclament leur indépendance dès 1990. Pendant ce temps, les troubles se multiplient dans la région caucasienne, où l’Armée rouge doit s’interposer entre Arméniens et Azéris. Afin d’enrayer ces forces centrifuges, Gorbatchev propose une « nouvelle union ». Mais pour s’opposer à celle-ci, les conservateurs tentent un putsch à Moscou en août 1991. Boris Eltsine, président de la république de Russie, fait échouer le coup de force et organise en décembre 1991 la CEI, ce qui signifie la mort de l’URSS, entérinée par la démission de Gorbatchev (25 décembre 1991).

II – L’Europe réunifiée ou déchirée ?

1) Les espoirs d’unité et de paix

• C’est en Europe que la fin de la guerre froide a les conséquences les plus visibles. Le rideau de fer, qui avait coupé le continent en deux pendant plus de quarante ans, est démantelé. La chute du mur de Berlin est très vite suivie de la réunification allemande en 1990. L’URSS retire ses troupes de ses anciens satellites : il n’y a plus de « bloc soviétique ».
• Cette évolution spectaculaire suscite de grands espoirs. La fin de la division idéologique permet à l’Europe de retrouver son unité géographique et historique « de l’Atlantique à l’Oural ». Le Conseil de l’Europe, qui depuis sa fondation en 1949 défend le modèle démocratique européen, accueille 23 Etats entre 1989 et 2002. La CSCE (Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe), créée en 1975 à Helsinki, célèbre en novembre 1990) Paris la naissance d’une nouvelle Europe.
• La construction européenne se trouve alors à un tournant décisif de son histoire. Alors qu’elle s’est limitée à l’Europe occidentale, dans le cadre contraignant de la guerre froide, elle peut désormais se faire à l’échelle de tout le continent. L’Union européenne, nouveau nom de la CEE depuis 1993, entre dans un processus historique d’élargissement : en 2004, elle comprend 25 Etats membres et 455 millions d’habitants. L’OTAN propose en 1994 à ses anciens adversaires du pacte de Varsovie un « Partenariat pour la paix ». Puis elle intègre trois nouveaux membres en 1999 et sept en 2004.

2) Le spectre de la division et de la guerre

• Ce renforcement de l’OTAN n’a rien d’étonnant : si la menace soviétique a disparu, de nouveaux foyers d’insécurité se développent. En effet, la fin de la confrontation Est-Ouest se traduit par la résurgence souvent violente des identités nationales. Ce phénomène a des effets graves dans les anciens pays socialistes, où le nationalisme est la seule idéologie mobilisatrice. Les Etats fédéraux (URSS, Yougoslavie, Tchécoslovaquie) ont implosé : 17 nouveaux Etats sont ainsi apparus sur la carte de l’Europe (en comptant la Russie et les trois Etats caucasiens).
• C’est dans ce contexte que la guerre, oubliée depuis 1945, fait sa réapparition en Europe à partir de 1991. L’espace de l’ex-URSS est ensanglanté par de violents conflits, notamment dans la région du Caucase (qui est le plus souvent considérée comme européenne). Des peuples aux identités très variés cohabitent sur des territoires aux frontières difficiles à délimiter. L’Arménie et l’Azerbaïdjan se disputent le territoire du Haut-Karabakh. La Géorgie est confrontée à la rébellion de plusieurs minorités et la Russie à la volonté d’indépendance de la Tchétchénie.
• Dans l’ex-Yougoslavie, la guerre est aussi réapparue avec son cortège d’horreurs : bombardement des populations civiles, camps de concentration et « purification ethnique ». En 1991, quand la Slovénie et la Croatie proclament leur indépendance, la Serbie prend les armes pour protéger les communautés serbes de Croatie, qui vivent dans le souvenir des massacres perpétrés en 1941-1943 par l’Etat fasciste croate. En 1992, la Bosnie-Herzégovine proclame à son tour son indépendance et la guerre s’étend à cette république, principalement entre les Serbes et les « musulmans ». Devant les difficultés de l’ONU, c’est l’OTAN qui intervient. Les Etats-Unis imposent ainsi les accords de Dayton, qui créent en 1995 deux entités au sein de la Bosnie-Herzégovine. L’OTAN intervient ensuite en 1999 contre la Serbie, pour arrêter la répression qui frappe la population albanaise du Kosovo. Les troupes de l’OTAN et de l’ONU sont toujours présentes dans l’ex-Yougoslavie. Le TPIY a commencé à juger certains responsables croates et serbes accusés de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.

III – Depuis la fin de la guerre froide, un monde instable

1) Les replis identitaires

• La fin de la guerre froide a réveillé les identités culturelles – religieuses, nationales, linguistiques – aux quatre coins de la planète. La confrontation idéologique entre libéralisme et socialisme avait fait passer au second plan ces identités, qui reviennent sur le devant de la scène et se prêtent à toutes les manipulations politiques. La mondialisation, avec les craintes d’uniformisation culturelle qu’elle peut susciter, a aussi favorisé ces replis identitaires.
• Le nationalisme fait un retour spectaculaire en Europe. En Afrique, les ethnies constituent souvent la base de mouvements politiques qui luttent pour le pouvoir. La religion peut aussi être instrumentalisée. L’islamisme, qui s’est développé depuis 1970, prétend revenir aux sources de l’Islam en renversant des régimes jugés trop éloignés de la vraie foi et trop conciliants avec l’Occident. En Inde, le communautarisme engendre de nombreuses violences, surtout entre hindouistes et musulmans.

2) La multiplication des conflits

• Ce réveil des identités tend à affaiblir les Etats en multipliant les tensions internes et les guerres civiles. C’est le cas en Europe, avec l’implosion des Etats multiethniques qu’étaient l’URSS et la Yougoslavie. C’est particulièrement net en Afrique, dans des Etats issus de la décolonisation, où le processus de construction nationale n’est pas encore achevé. Les conflits interethniques se sont multipliés (Sierra Leone, Liberia, Côte d’Ivoire…), embrasant parfois toute une région comme celle des Grands Lacs. La lutte entre les Hutus et les Tutsis, en effet, a ensanglanté le Burundi, engendré un génocide au Rwanda (1994), puis contribué à la déstabilisation de la république démocratique du Congo (ex-Zaïre), (1996 – 1998).
• La communauté internationale reste relativement passive face à ces guerres, pour deux raisons. D’abord parce qu’elle peut difficilement intervenir : la plupart de ces conflits ont lieu à l’intérieur d’un Etat, alors que le droit international reste fondé sur la souveraineté nationale. Ensuite, parce qu’elle ne veut pas forcément agir : les grandes puissances ne s’intéressent plus qu’aux régions jugées vitales pour leur sécurité, alors qu’au temps de la guerre froide elles étaient obligées de maintenir partout un certain équilibre des forces.

3) De nouvelles menaces

• C’est souvent dans ces Etats en décomposition (Soudan, Somalie, Afghanistan), dans les « zones grises » de la planète, que les réseaux terroristes ou mafieux trouvent refuge. Ils savent utiliser les moyens modernes de communication. Le narcotrafic dégage d’énormes profits qui permettent de corrompre les gouvernements, de financer des guerres, de gangréner les économies (blanchiment de l’argent « sale »). Al Qaida est un réseau terroriste qui maîtrise les techniques de médiatisation ; il peut frapper l’Etat le plus puissant du monde, comme l’ont montré les attentats du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center à New York et contre le Pentagone à Washington.
• Certains redoutent que des armes de destruction massive (nucléaires, chimiques ou bactériologiques) et des missiles ne tombent aux mains d’un gouvernement terroriste. Le premier acte de terrorisme chimique est l’attentat au gaz sarin contre le métro de Tokyo perpétré en 1995 par la secte Aum. Les principales menaces, dans le monde actuel, ne sont plus les guerres « classiques » entre Etats.

IV – Quel nouvel ordre mondial pour le XXIe siècle

1) Un monde encore divisé

• La multiplication des conflits locaux, le développement de nouvelles menaces comme le terrorisme rendent nécessaire de repenser les questions de sécurité à l’échelle mondiale. Il faut aussi élargir la notion même de sécurité, en prenant en compte tous les problèmes qui pèsent sur l’avenir de l’humanité. Mais pour imposer des règles aux Etats, il faut dépasser la souveraineté nationale, qui est encore la base du droit international. Cela n’est possible que si l’on parvient à définir des valeurs universelles, communes à une humanité ainsi considérée comme supérieure aux Etats.
• Par ailleurs, la démocratie libérale est loin d’être considérée partout comme un modèle. Le marxisme inspire encore des Etats comme Cuba et la Corée du Nord. Engagée depuis la fin des années 1970, la Chine s’est ouverte aux investissements étrangers et a récupéré les enclaves capitalistes de Hong-Kong (1997) et de Macao (1999). Mais le régime est toujours aux mains du parti communiste et refuse toute ouverture politique, comme l’a montré la répression du « Printemps de Pékin » en 1989.
• Les tensions Nord-Sud n’ont pas disparu. La domination des pays riches sur l’économie mondiale, à travers le G7 notamment, est dénoncée par les altermondialistes. Ils accusent l’OMC d’organiser la mondialisation au seul bénéfice du « club » des pays occidentaux. Beaucoup d’Etats du Sud refusent d’accepter des normes « universelles » qu’ils considèrent comme « occidentales ».

2) Un monde unipolaire ou multipolaire ?

• Cette méfiance à l’égard de l’Occident en général se double d’une peur des Etats-Unis en particulier. Aucune puissance n’est capable aujourd’hui de rivaliser avec les Etats-Unis. On peut donc parler d’un monde unipolaire, dominé par l’hyperpuissance américaine.
• Le « nouvel ordre mondial » est d’ailleurs une expression inventée par George Bush (père) en 1990 pour légitimer l’intervention contre l’Irak, coupable d’avoir annexé le Koweït. Cette guerre du Golfe s’est faite en janvier 1991 avec l’accord de l’ONU et la participation de nombreux Etats. Mais ce relatif consensus s’est vite dissipé. Les Etats-Unis sont prêts à se passer de l’ONU quand celle-ci ne veut pas autoriser leur action. L’opération militaire menée en 2003 en Irak pour renverser le régime de Saddam Hussein est un exemple de cet unilatéralisme.
• Beaucoup d’Etats qui se sont opposés à cette intervention souhaitent préserver le multilatéralisme et sortir l’ONU de la crise où elle est plongée. Une fois réformée, l’ONU pourrait représenter l’humanité et faire appliquer un droit d’ingérence qui lui permettrait d’intervenir dans une guerre civile.
• Mais les Etats ne peuvent plus régler seuls tous les problèmes à l’heure de la mondialisation. Ils doivent prendre en compte les autres acteurs des relations internationales. C’est l’idée d’une gouvernance globale, qui permettrait de régler les problèmes de la planète d’une manière plus démocratique. Les ONG sont en effet de plus en plus étroitement associées au fonctionnement des organisations internationales. Les organisations régionales semblent appelées à jouer un rôle croissant et l’ONU pourrait se « décentraliser » en s’appuyant dans chaque continent sur une organisation régionale. C’est peut-être aujourd’hui la solution la plus efficace pour assurer la paix dans une partie du monde : l’Europe en apporte la preuve. Enfin, l’espoir d’une justice internationale, capable de traquer les criminels contre l’humanité par-delà les frontières, s’est concrétisé avec la CPI (Cour pénale internationale) fondée en 1998.
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