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 Mondialisation et interdépendances

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Khast
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Messages : 55
Date d'inscription : 04/12/2009

MessageSujet: Mondialisation et interdépendances   Sam 5 Déc - 15:51

Mondialisation et interdépendances


I – L’explosion des flux mondiaux

1) Les hommes n’ont jamais été aussi mobiles

• La mobilité croissante des hommes reflète les inégalités du monde, qu’il s’agisse de flux de travailleurs, de réfugiés ou de touristes ; elle est facilitée par la multiplication des moyens de transport.
• Les flux de travailleurs migrants sont alimentés par les inégalités socio-économiques croissantes entre les pays : essentiellement Nord/Sud, ils sont passés de 45 à plus de 150 millions entre 1965 et 2002, auxquels s’ajoute un nombre d’illégaux estimé entre 25 et 40 millions de personnes.
• Le nombre de réfugiés, victimes de guerres ou de la répression politique, s’élève à 20 millions d’hommes qui se heurtent de plus en plus aux réticences d’accueil des pays riches soupçonnant une immigration économique.
• Le tourisme de masse, désormais à l’échelle de la planète, est passé de 25 à 750 millions de personnes entre 1950 et 2002. Mais seulement 8 % de la population mondiale sont concernés : l’Europe et l’Amérique du Nord fournissent l’essentiel de la clientèle du tourisme international et plus de 2/3 des destinations.

2) Les échanges continuent leur expansion rapide

• L’essor des échanges internationaux est continu : en 2002, les échanges de marchandises s’élèvent à 6400 milliards de dollars et celui des services à 1500 milliards, ce qui représente au total 25 % du PIB mondial. Depuis 1990, les trafics maritimes et aériens ont augmenté de 40 %, le trafic téléphonique de 500 %. Cet essor s’explique par la levée des obstacles douaniers, les progrès techniques, la baisse des coûts de transports et les stratégies d’investissement des FTN.
• Ces flux grandissants reposent sur l’efficience de puissants réseaux logistiques multimodaux qui relient entre eux, de manière sélective et hiérarchisée, des territoires lointains. La capacité à se doter d’infrastructures modernes exige des capitaux, des technologies que peu d’Etats possèdent.
• Ces flux sont très polarisés par la Triade et la face orientale de l’Asie : quinze Etats réalisent 70 % des transports mondiaux. A l’opposé, de nombreux pays en développement sont marginalisés par le coût excessif des transports. La diffusion de l’Internet est tout aussi sélective : un quart de la population mondiale n’a pas accès à l’électricité et la moitié aux lignes téléphoniques.

3) Aujourd’hui les flux de capitaux irriguent toute la planète

• Le marché financier est devenu réellement planétaire grâce à la création d’un système de communication qui relie les places financières 24 heures sur 24. La déréglementation permet aux banques et aux fonds de pensions et d’investissement d’orchestrer la mobilité des capitaux au-delà de leurs frontières, à la recherche du meilleur profit pour leurs placements.
• La logique financière et spéculative domine la mondialisation : l’exigence de rentabilité des fonds placés s’impose comme une priorité aux chefs d’entreprises au détriment d’objectifs économiques, sociaux et environnementaux ; les Etats sont soucieux d’attirer et de retenir des capitaux dont le départ brutal peut déstabiliser des économies fragiles.
• Les capitaux circulent essentiellement entre les pays riches : les investisseurs internationaux évitent la moitié de la planète jugée trop pauvre, instable, risquée. Moins du quart des investissements directs à l’étranger (IDE) parvient aux pays du Sud, en fait une dizaine de pays qui en concentrent 70 % dont 25 % pour la seule Chine.

II – Les acteurs de la mondialisation

1) Les Etats-nations au cœur de la mondialisation

• La mondialisation est née de choix politiques et de stratégies économiques faits par les autorités des Etats capitalistes les plus puissants ; ils ont dérégulé et ouvert leurs économies, imposé leurs points de vue libéraux au reste du monde afin de renforcer leur domination. De même, ils prennent la tête d’organisations régionales de libre-échange, intégrant leur voisinage immédiat pour mieux s’insérer dans le marché mondial.
• Si la marge d’autonomie des économies mondiales s’est réduite, l’Etat demeure un acteur central : selon sa taille et sa puissance, il assure la défense de ses intérêts, les besoins collectifs de sa population et de ses entreprises. Il rend l’espace national plus ou moins attractif par ses choix budgétaires, ses lois, sa politique d’aménagement du territoire.
• Les Etats font face cependant à des réseaux dont le champ d’action n’est pas limité par des frontières : les ONG mobilisent l’opinion sur des causes transnationales (humanitaire, environnement, mondialisation…), mais sont absentes des lieux de décision. Surtout, les réseaux illicites forment une puissante économie parallèle qui échappe aux Etats : produits de contrefaçons, vente d’armes, drogue, immigration clandestine, prostitution…

2) Les firmes transnationales à l’assaut du monde

• Les 63 000 firmes transnationales sont les principaux agents de la mondialisation : avec 820 000 filiales à l’étranger, elles réalisent les 2/3 du commerce mondial et emploient 75 millions de salariés ; la production des cent premières représente 20 % du PIB mondial.
• Leur puissance repose sur leur capacité à maîtriser et à gérer l’espace mondial à leur profit comme zone de fourniture, de production ou de vente : elles réalisent en permanence des arbitrages territoriaux en s’adaptant le plus finement possible aux cultures, aux habitudes des consommateurs mais aussi aux résistances des Etats et des citoyens.
• Ces firmes transnationales gardent un ancrage national décisif : si les 100 premières FTN réalisent 51 % de leurs ventes à l’étranger, 60 % de leurs effectifs sont dans leur pays d’origine. Ceux-ci gardent le cœur des centres décisionnels et productifs, la recherche et l’innovation, les productions à haute valeur ajoutée.




3) Les organisations internationales au service de la mondialisation

• Le FMI et la Banque mondiale favorisent la mondialisation en conditionnant leurs interventions financières à la mise en œuvre de politiques libérales : ouverture à l’extérieur, privatisations, réduction des budgets sociaux et des subventions aux produits de première nécessité. Ces politiques ont souvent pour effet d’aggraver les conditions de vie des populations locales.
• L’OMC œuvre à la libéralisation des échanges grâce à un arsenal de règles contraignantes et de sanctions. La mise en contact brutale de territoires aux niveaux de compétitivité très différents s’avère très coûteuse pour les pays les plus faibles.
• La régulation de la mondialisation est donc limitée. Les agences de l’ONU comme le Pnud, la Cnuced, l’OIT, plus sensibles aux exigences des pays du Sud et aux intérêts des salariés, disposent de peu de moyens et de pouvoirs réels.

III – Les lieux de la mondialisation

1) Un espace mondialisé très fragmenté

• Les Etats développés de la Triade contrôlent l’essentiel du pouvoir politique et économique du monde (72 % de l’industrie, 75 % du commerce), possèdent les capitaux (86 % de la capitalisation boursière, 95 % du marché des dettes) et maîtrisent les technologies et l’information (85 % de la recherche et de l’enseignement).
• Bon nombre de pays ne sont que des « périphéries intégrées » qui fournissent soit des matières premières agricoles, minières et énergétiques, soit une main d’œuvre à bon marché. Cependant, quelques pays d’Asie émergent, qui se sont industrialisés grâce à des stratégies étatiques de développement volontaristes. D’autres, comme le Brésil, l’Inde, la Chine, la Russie sont des puissances régionales qui comptent par la taille, le poids démographique, économique, voire militaire.
• Les « marges évitées » rassemblent soit les pays n’ayant rien à offrir aux pays développés, soit les Etats mis au ban des nations pour des raisons politiques (Libye, Cuba, Birmanie…), soit des pays ravagés par l’instabilité politique et les guerres civiles.

2) Des localisations privilégiées

• Une redistribution des activités industrielles s’effectue à l’échelle de la planète : redéploiement des activités industriels vers les activités technologiques fondées sur la qualité des ressources humaines, transfert de nombreuses activités de production (textile, électronique grand public…) vers des pays à main-d’œuvre bon marché. Cette redistribution touche plus récemment les industries lourdes et polluantes, les services comme les sociétés informatiques et les centres d’appel.
• Des espaces de non-droits juridiques, réglementaires ou sociaux optimisent la production et la gestion financière globalisée par des FTN : 15 micro-Etats accueillent 57 % de la flotte mondiale grâce à leurs pavillons de complaisance ; 70 paradis fiscaux servent de relais aux flux de capitaux et 3 000 zones franches productives mobilisent 43 millions de salariés.
• La littoralisation des hommes et des activités s’accentue car les échanges mondiaux sont assurés à 90 % par voir maritime. Mais ne sont privilégiées que les interfaces littorales associées aux grandes métropoles ; ainsi, le littoral atlantique reste périphérique dans une Europe au cœur continental.

3) Un réseau de métropoles aux commandes de la mondialisation

• Les grandes métropoles des pays hautement développés sont les espaces moteurs de la mondialisation. Elles concentrent les impulsions : pôles de commandement et de gestion politiques, économiques, industriels et financiers (CBD), nœuds privilégiés de la concentration et de la circulation des richesses, des hommes, des savoirs, des informations, et espaces directs de la production. Les plus puissantes forment des mégalopoles.
• Les métropoles, fonctionnant en réseaux, polarisent l’essentiel des flux : vingt d’entre elles gèrent 85 % des flux financiers mondiaux alors que vingt-cinq aéroports polarisent 70 % du trafic aérien. La métropolisation touche peu les pays du Sud, hormis des capitales économiques comme São Paulo qui monopolisent les activités modernes et internationalisées alors que l’explosion urbaine y accumule les dysfonctionnements : ceinture de bidonvilles, déficit d’équipements collectifs…
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